C'était en 1941, une de ces années grises où l'horizon semblait s'être rétréci, bouché par l'ombre d'une guerre qui n'en finissait pas de confisquer les jeunesses. À Penmarc'h, pourtant, là où la terre affronte l'océan, on savait encore ce que le mot fraternité voulait dire. Il y avait le vent, les embruns, et il y avait les Cormorans. Les Cormorans Sportifs, ce n'était pas qu'une simple équipe de football, c'était une famille, de celles qui n'oublient pas ceux qui manquent à l'appel.
Car certains des leurs manquaient, justement. Retenus loin des côtes bretonnes, prisonniers de guerre, ils étaient enfermés dans le silence des camps. Alors, à l'arrière, on ne baissait pas les bras. On faisait ce qu'on savait faire de mieux : on faisait corps. Un dimanche de cette année-là, sur la pelouse du terrain de Keryet, la société sportive des Cormorans a organisé un match au profit de ses anciens devenus prisonniers. Le modeste guichet a récolté ce jour-là la somme de 605 francs grâce au produit des entrées. Une petite fortune de générosité, arrachée à la rudesse des temps pour garnir des colis et réchauffer quelques cœurs transis de solitude. Le journal, ému par ce geste, n'avait alors qu'un mot : « Mille fois merci ».
Prenez le mariage de leur capitaine. Un mercredi, M. Jacques Scuiller, capitaine des Cormorans Sportifs, épousait à la mairie de Penmarc'h Mlle Christiane Coïc, issue d'une famille de sympathiques commerçants de Kérity. C'était un beau mariage, entouré d'une nombreuse affluence où l'on comptait M. Albert Le Bail, député-maire de Plozévet, M. de Cadenet, le président du club, et bien sûr, la majeure partie des joueurs de l'équipe.
Or, sitôt la cérémonie civile présidée par le maire M. Péron achevée, on ne s'est pas contenté des félicitations d'usage. Le service d'honneur a fait passer la quête au profit des prisonniers de guerre de la commune. Cette moisson fraternelle, d'un montant de 418 francs, fut immédiatement remise au Comité des prisonniers.
C'est cela, l'humanité majuscule écrite avec les gestes du quotidien. Pas de grands discours, pas de postures. Juste un ballon qui roule sur l'herbe de Keryet, une quête à la sortie d'une mairie, et l'idée tenace, têtue comme un marin face au vent, que ceux qui sont loin restent viscéralement des nôtres. C'était en 1941, et les Cormorans volaient pour ceux qui étaient en cage.

