Folklore & Mystères de Penmarc'h

La Malédiction de Jerom ar Penze

~ Feuilleton de la Toussaint 1905 ~

Quand la brume d'automne enveloppe les rochers de Saint-Guénolé et que le vent hurle dans les anfractuosités du granit, les anciens baissent la voix. Ils racontent encore, au coin du feu, l'histoire de celui qui fit trembler la côte : Jerom ar Penze, l'ogre des mers.

Bien avant que le football ne fasse vibrer nos stades, c'était la peur qui régnait ici. La légende dépeint Jerom non comme un homme, mais comme une force brute, un géant sans pitié vivant terré dans les grottes, guettant les navires comme un aigle sa proie.

La Lanterne du Diable

Sa ruse était aussi cruelle qu'ingénieuse. Par les nuits sans lune, on dit qu'il attachait une lanterne aux cornes d'un taureau (ou d'une vache) qu'il faisait divaguer sur la falaise.

Au large, les capitaines croyaient voir le feu d'un autre navire tanguant paisiblement sur l'eau. Pensant trouver un passage sûr ou l'entrée d'un port, ils mettaient le cap sur la lumière... et venaient fracasser leurs coques sur les terribles écueils des Étocs.

Carte postale ancienne Jerom ar PenzeCollection "Légendes de Bretagne" - Scène reconstituée (c.1900)

Le Crime Ultime

Mais l'histoire de Jerom est celle d'une tragédie grecque jouée sur nos grèves. Une nuit de tempête, après avoir provoqué le naufrage d'un navire étranger, le pillard descendit achever les survivants pour dépouiller les cadavres. « Morts, ils ne parlent pas », disait-on.

Avisant une jeune femme inanimée, il tenta de lui arracher une bague en or. Le bijou résistant, il s'apprêtait à trancher le doigt quand la lueur de sa lanterne éclaira le visage de la victime.

🎵 Extrait de la Gwerz (Complainte) « Il a vu ses yeux, il a vu son sang,
Et son cœur de pierre s'est brisé en un instant.
Car celle qu'il venait de tuer pour de l'argent,
C'était sa propre fille, son unique enfant. »

La légende raconte qu'elle revenait au pays après un long exil. Fou de douleur et de remords, Jerom se jeta dans les flots déchaînés, maudit à jamais.

📜 Le Coin de l'Histoire

Si Jerom ar Penze est un mythe sanguinaire, il cristallise une réalité historique bien différente : le « Droit de Bris ».

La « Moisson de la Mer »

Pour les populations côtières d'autrefois, souvent très pauvres, ce que la mer rejetait (bois, tonneaux, tissus) n'était pas du vol, mais un « Don de Dieu ». La mer leur prenait des hommes, il était juste de récupérer ce qu'elle rendait. On ne provoquait pas le naufrage (comme dans la légende), mais on se servait sur l'épave pour survivre.

La Fin d'une Époque

C'est Colbert, avec son Ordonnance de la Marine de 1681, qui mit fin à cette pratique pour sécuriser le commerce. Le pillage devint sévèrement puni, transformant les anciens "glaneurs de grève" en hors-la-loi dans l'imaginaire collectif.

Aujourd'hui encore, quand on se promène près de la Roche des Victimes, on ne peut s'empêcher de frissonner. Non pas de froid, mais parce que l'ombre de Jerom plane toujours sur l'histoire sauvage de Saint-Guénolé.