Il arrive parfois, dans les filets numériques de notre époque, de ces pêches miraculeuses. Un message glissé silencieusement via la boîte mail du site. L’expéditeur s’appelle Philippe Autret. Un nom que la mémoire n'avait pas immédiatement raccroché aux crampons du passé.
En pièce jointe, une coupure de presse. L'année 1977, sans doute. On y voit de jeunes Cormorans nés au début des années 60, qui avaient alors à peine seize ans. Ils affichent le cheveu dru des années 70 et le regard grave et fier de ceux qui s'apprêtent à disputer le Critérium de l'Ouest. Pour que la mémoire fasse pleinement son œuvre, appelons-les par leurs noms.
Accroupis, dans la même attente solennelle : Nedelec, H. Le Rhun, J.-Y. Le Marc, J.-Y. Le Pape, Sénéchal et A. Guichaoua.
Toute une jeunesse veillée et entraînée par Jacky Chevalier et Mahi Kehnnane.
Mais l'essentiel, voyez-vous, n'était pas seulement dans le grain de la photographie ou l'énumération de cette belle escouade. Il était dans la délicatesse du propos. En m'adressant cette petite capsule temporelle, Philippe n'a pas écrit : « Regarde comme j'étais bien ».
Il a dit « Nous ».
Par les temps qui courent, à l'heure où l'époque conjugue le culte de l'ego en selfies frénétiques et en nombrilisme majuscule, ce petit pronom pluriel a l'élégance discrète des grandes leçons d'humanité. Le « nous » du vestiaire, celui qui efface les vanités individuelles pour ne retenir que l'aventure commune.
Merci, Monsieur Autret.
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