Figures de Saint-Guénolé

Auguste Dupouy

1872 — 1967

Il y a une cinquantaine d'années, on pouvait apercevoir sur les rochers du Lestr une ombre frêle, armée d'un haveneau. Malgré une cécité naissante, le vieil homme parcourait les trous d'eau avec agilité. Cet homme, que les Penmarchais appelaient familièrement "M. Auguste", n'était pas un simple pêcheur à pied. Il était l'âme littéraire de Penmarc'h.

Entre deux mondes : Le Père et la Mère

Auguste Dupouy est le fruit d'une alliance improbable, véritable symbole de son œuvre future. Côté paternel, c'est l'ouverture : son père Auguste (fils d'un Basque !) est un républicain convaincu, gérant d'usine, croyant au progrès technique et social.

Mais côté maternel, c'est l'enracinement : sa mère, Marguerite Berrou, est une paysanne de Lanriec. Elle ne parle quasiment que le breton. C'est d'elle, sans doute, que l'écrivain a hérité cette compréhension viscérale de l'âme du peuple, bien loin des salons parisiens.

Auguste Dupouy jeune
L'Étudiant brillant (Normale Sup')
En mer avec son fils
Le Marin de St-Gué

L'Excellence Académique

Poussé par son père, il collectionne les prix d'excellence : Lycée de Brest, Faculté de Rennes, et enfin la prestigieuse École Normale Supérieure (rue d'Ulm) en 1893. Devenu Agrégé de Lettres, il terminera sa carrière au sommet, au Lycée Louis-le-Grand à Paris.

ARCHIVE : L'OUEST-ÉCLAIR

"Auguste Dupouy vu par lui-même"

Article Ouest Eclair

Dans une tribune rare, l'écrivain tombe le masque et confie que sa carrière universitaire fut un sacrifice filial. À 18 ans, alors brillant élève, il écrit une lettre désespérée à son père pour... arrêter l'école !

« Inscrit de la veille sur le rôle d'une Rhétorique supérieure [...] et sentant les affres de l'asphyxie, j'adjurai mon père, dans une lettre pathétique, de me laisser devenir pêcheur, histoire de respirer. [...] Mais je l'aimais trop pour insister. »

« Il y a toujours en moi un Penmarchais en tricot et sabots prêt à narguer Monsieur l'auteur. »

Sa vie amoureuse reflète ce tiraillement permanent : il épouse en premières noces Marie-Louise Stéphan, une Bigoudène de Pont-l'Abbé portant la coiffe. Veuf, il épousera ensuite Blanche Mercklein, une Parisienne, fille d'un rédacteur du Figaro. Il aura littéralement épousé ses deux patries.

L'Écrivain Pêcheur

Ses vacances étaient sacrées : c'était le retour au pays. Il troquait l'habit de professeur pour monter à bord des sardiniers ou barrer ses propres canots, l'Espérance puis le Scrafic, vêtu de son éternel habit de coton rouge.

C'est de cette double vie que naîtront ses chefs-d'œuvre, notamment "Pêcheurs Bretons" (1920) et son autobiographie "Souvenirs d'un pêcheur en eau salée" (1953).

⚓ Le Saviez-vous ? La légende de Scrafic

Son livre "Scrafic", racontant l'histoire d'un mousse de Saint-Guénolé, a eu un tel retentissement local que la fiction a dépassé la réalité ! Dans les années 30, les gamins du port jouaient le rôle de Scrafic et faisaient visiter aux touristes "le rocher du héros" en échange de quelques pièces. Aujourd'hui, une rue Scrafic existe bel et bien à Saint-Guénolé, longeant l'anse du Viben.

Article de presse Auguste Dupouy
📰 La Plume Engagée (Le Télégramme)

Auguste Dupouy n'écrivait pas que des romans. Il utilisait sa notoriété de journaliste pour défendre les œuvres sociales, comme ici les Abris du Marin fondés par Jacques de Thézac.

« L'Abri [...] fut un centre de loisir, de culture et de bonne entente... C'est ce qu'il est resté pendant les seize ans qui ont suivi la mort de son fondateur. »
— Auguste Dupouy, Appel pour les Abris du Marin

L'Otium : La Sagesse du Lestr

Vers 1960, la cécité le gagne. Ce Breton "faussement frêle" s'éteint le 12 avril 1967, dans sa 95ème année. Il repose au cimetière de Saint-Guénolé sous cette épitaphe sobre et fière :
Auguste Dupouy, 1872-1967, Agrégé de l'Université, Homme de Lettres.

★ Le Deuil de 1945

En 1945, alors que la France fête la Libération, le deuil frappe cruellement à sa porte. Ses deux fils, Jean-Marie et Pierre, résistants de la première heure, meurent alors que l'Allemagne va capituler.

Jean-Marie et Pierre Dupouy
Les frères Dupouy
État-Major Régional Ils siègent à la direction Bretagne du réseau "Turma-Vengeance", aux côtés du chef régional Victor Olivaux.
Le Sacrifice Ultime Arrêtés en 1944 pour leurs responsabilités, ils meurent en déportation en avril 1945. Une rue du Ménez porte aujourd'hui leur nom.
« Ceux qui me plaignent sont à plaindre.
C'est pour vous rendre cette douceur de France que je suis tombé. »
— Jean-Marie Dupouy (Lettre de prison)