Éric Floch
Disparu trop tôt en août 2012, il a laissé derrière lui une œuvre vibrante, baignée par les embruns et les lumières franches de l'extrême-ouest. Voilà un peintre qui ne trichait pas avec son sujet : « Vivre proche de la mer me semble primordial », avouait-il. Il en avait d'ailleurs fait son poste d'observation privilégié, installant durant plus de vingt ans son atelier-galerie dans l'ancienne bijouterie Riou, juste là, face à la place du marché et au port de Saint-Guénolé.
Un héritage au bout du pinceau
Né à Quimper en 1955, le jeune Éric n'a pas eu à chercher bien loin l'étincelle de sa vocation, s'inscrivant naturellement dans une véritable lignée artistique. Dans la demeure familiale planait l'ombre tutélaire de son grand-oncle, le peintre Lionel Floch — ami de Max Jacob et de Jean Moulin —, qui l'emmenait dès son plus jeune âge peindre « sur le motif ». Ce terreau créatif était également nourri par la figure de son père, Ronan Floch, peintre et graveur récemment disparu, et par celle de sa grand-tante, la réputée peintre Cécile Ravallec.
Une transmission familiale aussi silencieuse qu'exigeante. C'est ensuite à l'École Nationale des Beaux-Arts de Quimper, sous le regard de Jean Le Merdy, peintre de la Marine, que le talent du double lauréat du concours général de dessin s'est affûté. S'il fut touché très jeune par la fulgurance de Nicolas de Staël — une révélation qui l'a poussé à explorer les frontières entre figuration et abstraction —, c'est bien sa propre grammaire qu'il a fini par imposer sur la toile.

Le théâtre du port
Après avoir frotté son regard aux ciels d'Italie, du Maroc ou des Antilles, c'est en Pays Bigouden qu'il a ancré son chevalet. Le port de Saint-Guénolé devint son théâtre de prédilection. D'un trait sûr, il en capturait la vie bouillonnante : les retours de pêche, les coques des bateaux, le vol saccadé des goélands. Ses toiles, illuminées de jaunes, d'ocres et de rouges, sont autant de fenêtres ouvertes sur l'âme locale : on y croise des bigoudènes, on y assiste au Pardon de la Joie, on s'y perd dans les ruelles ou sur les côtes rocheuses battues par les vagues.
Un homme de cœur et de clocher
Mais au-delà de l'artiste exigeant pour qui « une journée sans peinture était impossible », on retiendra l'homme profondément ancré dans sa commune. Éric Floch incarnait la générosité. Il n'était pas rare de voir son trait illustrer le quotidien : le bandeau-titre du journal local, une affiche pour le Festival du Film de la Mer, ou encore ces fresques murales semées çà et là, de la boulangerie aux murs des bars. Il offrait volontiers ses œuvres aux associations pour soutenir leurs projets. L'art, pour lui, n'était pas une tour d'ivoire, mais un trait d'union entre les habitants.
Aujourd'hui, c'est ce fil que sa fille Enora s'attache à retisser, répondant à l'appel d'un public qui, nostalgique, réclame de retrouver cette lumière si familière. À travers elle, la mémoire de ce témoin privilégié du littoral continue de rayonner, avec la belle promesse, espérée d'ici peu, d'une nouvelle exposition de ses œuvres pour célébrer de nouveau son talent en Pays Bigouden.




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