
François Péron
20 novembre 1940. La nuit tombe sur Penmarc'h. François Péron, marin-pêcheur démobilisé, rentre de mer. Il ne sait pas encore que son destin va basculer au « Café de l’Océan ». L'histoire que nous rapportons ici est celle d'un homme simple devenu l'un des tout premiers Compagnons de la Libération de France.
L'Histoire a ses hasards troublants. L'arrestation de François Péron n'a pas eu lieu n'importe où : elle s'est déroulée au Café de l'Océan, l'établissement tenu par Eugène Jacob.
Eugène Jacob n'est pas un inconnu pour le peuple Noir et Or : c'est l'un des pères fondateurs du club (celui qui compta les "onze cormorans" en 1920) et qui en deviendra plus tard le Président (1965-1968).
C'est donc littéralement "chez le Président" que s'est joué l'acte fondateur de la Résistance à Penmarc'h.
Tout commence par une scène banale sous l'Occupation. François prend un verre chez Eugène Jacob. Une patrouille allemande surgit pour faire respecter le couvre-feu. Les ordres fusent : « Schnell ! Raus ! ». François ne bouge pas assez vite au goût d'un sergent qui le gratifie d'un coup de botte.
La réaction du Bigouden est immédiate. Il ne supporte pas l'humiliation.
Une bagarre éclate. Un coup de feu part, traversant le plafond et manquant de peu Gabrielle, la fillette de l'établissement, endormie à l'étage. C'est l'engrenage. François est assommé, traîné à la Kommandantur, puis jeté en prison à Quimper dès le lendemain.
Enfermé à la prison de Mesgloaguen, François Péron impressionne ses geôliers. Le crâne bosselé par les coups, il reste farouche. On l'entend chanter à tue-tête des refrains appelant au retour du Général de Gaulle.
Traduit devant un conseil militaire allemand, cette attitude lui vaut la peine capitale. La réponse à sa demande de grâce tombe depuis Berlin : « Il faut un exemple pour mater les Bretons ! »
10 février 1941. Veille de la date initialement prévue pour son exécution. François tente le tout pour le tout. Il s'évade par une lucarne et saute dans un jardin, sept mètres plus bas. Le sol gelé est impitoyable : sa jambe gauche se brise net.
Le gardien, quelques instants plus tôt, l'avait entendu murmurer :
"De toute façon, la mort est au bout..."
Repris immédiatement, il lance aux gendarmes français : « J'ai honte pour vous ! ». Sa fracture lui offre un court sursis à l'hôpital de Concarneau, mais l'ordre d'exécution finit par tomber.
Au petit matin, on l'emmène vers une carrière près du château de Kériolet. Les Allemands l'obligent à marcher pieds nus dans la boue. Il trouve encore la force de plaisanter : « Vous auriez quand même pu me passer des chaussettes, la terre est froide... ».
Devant le poteau, il refuse le bandeau :
La salve l'interrompt. François Péron meurt en héros.

Affiche allemande annonçant la condamnation à mort de François Péron (25 février 1941).
(Source : Musée de Bretagne, Rennes)
- Compagnon de la Libération (Décret du 17 août 1941)
- Chevalier de la Légion d'Honneur
- Croix de Guerre 39/45 avec palme
- Médaille des Déportés et Internés Politiques
