
Geo-Fourrier
L'œil voyageur de Penmarc'hPenmarc’h. Le vent de noroît. Un phare qui se prend pour une colonne de temple et des bigoudènes qui portent sur la tête la tour de Babel en dentelle. C’est ici que la terre finit, non par un point d’exclamation, mais par une ponctuation de rochers noirs que l’Océan, ce vieux récidiviste, tente d’effacer depuis le déluge sans jamais y parvenir tout à fait.
On y rencontre Geo-Fourrier.
L’homme était lyonnais, ce qui est une façon comme une autre de ne pas être breton, mais il avait l’œil japonisant et le pinceau voyageur. Immobilisé dans sa jeunesse par une pneumonie, il apprit à regarder le monde par le petit bout de la lorgnette des estampes. On dit qu’il découvrit Penmarc’h comme on découvre une planète : avec stupeur et un carnet de croquis. Il y vit des goémoniers qui ressemblaient à des divinités chaldéennes et des barques dont la courbure rappelait le sourire d’un dromadaire mélancolique.
Il saisit la Tour Carrée de Saint-Guénolé avec la précision d’un entomologiste observant un scarabée de granit. Sous son trait, le pays Bigouden devient un théâtre d’ombres où les coiffes montent vers le ciel pour espionner les nuages, tandis que les pêcheurs de Kérity, immuables comme des préfets du Second Empire en exil, attendent que la marée veuille bien leur rendre leurs illusions.
L’art, disait-on, est le folklore d’un pays qui n’existe pas. Geo-Fourrier en fut le ministre plénipotentiaire. Il finit ses jours au pied du phare d’Eckmühl, vendant ses œuvres aux passants comme on distribue des morceaux de paradis à prix coûtant.









