La Légende des Yeux Bridés
Quand les ethnographes voyaient des Mongols à Penmarc'hC'est une rumeur tenace, un mythe qui se chuchote dans les repas de famille et qui fait sourire les anciens. Regardez bien un "vrai" Bigouden : ces pommettes hautes, ces yeux parfois en amande... Ne viendraient-ils pas d'ailleurs ?
À la fin du XIXe siècle, cette question très sérieuse agitait les savants de Paris. Pour ces ethnographes en mal d'exotisme, le Pays Bigouden, isolé et farouche, était une terre d'exploration.
— A. Mahé de La Bourdonnais, Ingénieur (Fin XIXe)
La théorie était lancée ! On parla de descendants d'Attila égarés, de navigateurs chinois naufragés... Certains médecins affirmèrent même que les bébés bigoudens naissaient avec la fameuse "tache mongolique" bleue au bas du dos ! À Quimper, on surnommait parfois les marchandes de poisson venues de la côte les "Chinoises".
La vérité est plus simple : l'isolement géographique. Pendant des siècles, en Pays Bigouden, on s'est marié "entre soi", de clocher à clocher. Cette endogamie a fixé des traits physiques particuliers, hérités de populations très anciennes, qui sont devenus la "marque de fabrique" locale.
Et notre écrivain local, Auguste Dupouy ? L'enfant de Saint-Guénolé connaissait bien ces sornettes. Sans les combattre frontalement, toute son œuvre a montré la réalité : les Bigoudens n'étaient pas des bêtes curieuses venues d'Asie, mais des Bretons à la personnalité trempée par l'océan et leur histoire singulière.
👗 Une autre explication surprenante...
Si la piste mongole est un mythe, l'essayiste Stéphane Strowski (1952) avait une théorie bien plus originale ! Pour lui, ce visage aux pommettes saillantes n'était pas une question de race, mais de... coquetterie.
Selon lui, c'est donc la traction quotidienne des rubans de la coiffe, serrés dès l'enfance pour "faire beau", qui sculptait littéralement le visage des Bigoudènes !
L'Envers du Décor
Magazine "Nouveauté", 30 Avril 1939Mais tout le monde admirait-il cette mode ? En 1939, une conversation savoureuse est captée entre un touriste parisien romantique et son chauffeur, un jeune gars de Penmarc'h lassé des traditions...
Mais enfin, vous ne regretterez pas le pays ? Les Bigoudènes sont bien charmantes et leur costume ajoute tellement à l'attrait de la région !
Ah Monsieur ! Vous dites ça parce que vous êtes de passage ("pignouz") et que vous n'êtes pas d'ici !
