Rémy Monfort, le parachutiste qui a fait atterrir l'histoire de Penmarc'h

(1935 - 2015)
Il y a des hommes dont on imagine mal qu’ils puissent tenir en place, et d’autres dont le destin finit toujours par les ramener à l’ancre. Rémy Monfort était de ceux-là. Né en 1935 sur les rochers de La Joie, là où le ressac n’est jamais tout à fait silencieux, il n'a pas seulement eu la tête dans les nuages : il a pris l'habitude de s'y jeter. Car l'homme a fait carrière sous l'uniforme militaire, l'œil vif et le sang-froid en bandoulière. Une vie d'exigence qui l'a vu, au printemps 1969 sur le tarmac de Pau, accrocher le harnais de son 300e saut en parachute. Un homme d'action, habitué à jauger la terre vue du ciel avant de toucher le sol.
Mais on ne quitte jamais vraiment Penmarc'h quand on a le sel dans le sang et le cœur aux Cormorans. Si l'on fouille dans la mémoire du club, on retrouve sa trace au cœur de l'équipe première dans les années cinquante. Sa « carte d’identité » dans la presse locale de l'époque affiche fièrement la couleur : élève à l’E.S.M.I.A. de Coëtquidan. Même happé par la rigueur de la grande école militaire interarmes, il restait fidèle au poste. Sur le terrain, sous le maillot des Cormorans, la discipline de l'élève-officier épousait la rudesse des dimanches de football bigouden. Une manière de faire corps avec son pays, une loyauté indéfectible portée toute sa vie durant.
Puis l'heure de la retraite a sonné. Mais un parachutiste ne se pose jamais vraiment. Rémy Monfort a simplement troqué son parachute pour la poussière des bibliothèques, entamant son saut le plus audacieux : celui de la mémoire. Il ne supportait pas les approximations, ces légendes dorées qui enjolivent le passé jusqu’à le rendre méconnaissable.
Le fruit de cette traque, c'est son grand œuvre : Penmarc'h à travers ses historiens. Un livre dont la couverture, ornée d'une majestueuse carte maritime ancienne et d'un compas, résume à elle seule l'ambition du bonhomme : naviguer à vue dans les écrits de ses prédécesseurs pour corriger le cap. Il a fait le ménage, chassant les mythes avec une plume parfois piquante, souvent truculente, pour nous rendre notre propre histoire, sans anesthésie.
Quand il nous a quittés en 2015, Rémy Monfort a laissé derrière lui bien plus qu'une somme de connaissances. Il est devenu l'un de ces "gardiens de phare" invisibles. En racontant Rémy, c'est l'âme même de Penmarc'h et la fierté des Cormorans que l'on remet à la lumière. Il était un homme de l'air, certes, mais pour nous, il restera à jamais l'un de nos plus profonds ancrages.





